Note spéciale — Comment la trajectoire des taux d'intérêt redessine les multiples de valorisation
18 février 2026 · 6 min de lecture · Équipe Finotech Analytics
Une analyse approfondie de la relation entre coût de la dette d'acquisition et multiples de valorisation observés dans les transactions de private equity au Québec depuis 2019.
8,1 %
Coût moyen de la dette senior d'acquisition
+180 pb vs 2019-21
3,8x
Levier moyen (dette/EBITDA)
-1,1x vs 2021
48 %
Part d'equity moyenne dans les transactions LBO
+9 pts vs 2021
Un changement structurel, pas seulement conjoncturel
Le resserrement monétaire amorcé en 2022 a durablement modifié la structure de financement des transactions de capital-investissement. Le coût moyen de la dette senior d'acquisition observé dans les transactions québécoises que nous suivons s'établit à 8,1 %, contre une moyenne de 6,3 % sur la période 2019-2021.
Ce changement n'est pas qu'un phénomène de taux : il s'accompagne d'un resserrement des critères de crédit des prêteurs, qui exigent désormais des niveaux de levier significativement plus bas pour un profil de risque équivalent.
L'ajustement par le levier plutôt que par le prix
Face à un coût de la dette plus élevé, les acquéreurs financiers ont majoritairement choisi d'ajuster la structure de capital plutôt que le prix payé : le levier moyen des transactions LBO est passé de 4,9x EBITDA en 2021 à 3,8x aujourd'hui, tandis que la part de capitaux propres dans le financement des transactions est passée de 39 % à 48 %.
Cette stratégie a permis de maintenir des multiples de valorisation relativement stables malgré la hausse du coût du capital — au prix d'un rendement attendu sur fonds propres mécaniquement inférieur pour les gestionnaires, absorbé jusqu'ici sans ajustement à la baisse généralisé des prix payés.
Une divergence sectorielle à surveiller
Cette résilience des multiples n'est pas uniforme. Les secteurs à forte intensité capitalistique (manufacturier, transport) ont vu leurs multiples se comprimer davantage que les secteurs de services à faible intensité d'actifs, ces derniers nécessitant structurellement moins de levier pour atteindre un rendement cible donné.
Implication pour les vendeurs et les acquéreurs
Pour un vendeur, le message est clair : la structure de l'acquéreur — et non seulement sa réputation ou son intention stratégique — doit désormais faire partie de l'évaluation d'une offre, la capacité de financement variant significativement d'un groupe d'acquéreurs à l'autre dans l'environnement actuel.
Pour un acquéreur, la discipline sur la structure de capital dès la phase de diligence est devenue un déterminant de performance au moins aussi important que le prix d'entrée lui-même.
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